RÉSUMÉ SCIENTIFIQUE

Le projet ESNET a pour objectif d’analyser les trajectoires futures de l’usage des sols et leurs conséquences pour la biodiversité et les services écosystémiques du bassin d’emploi de Grenoble.

Une analyse multi-sources et multi-temporelle à résolution fine (15 m) a montré qu’avec une surface totale de 4450 km², 311 communes et 769 573 habitants, ce territoire englobant le SCoT de Grenoble (273 communes) est composé de 10% de milieux artificialisés, 34% de surfaces agricoles, 48% de surfaces forestières, 7% de milieux naturels et semi-naturels et 1% de milieux aquatiques. La dynamique de 1998 à 2009 a été marquée par une forte progression des milieux artificialisés dont la surface a augmenté de 6,6% (29 km²) au détriment des surfaces agricoles, avec un fort contraste entre des communes à dominante urbaine et périurbaine de plaine où se concentre l’artificialisation soit par densification soit par mitage, et des communes rurales principalement stables ou concernées par l’extension forestière. C’est cette dynamique qui a motivé le SCoT de Grenoble, et qui sous-tend les enjeux du territoire en termes de biodiversité et de services écosystémiques. Construit dans le cadre d’une démarche partenariale avec l’ensemble des acteurs territoriaux impliqués dans la gestion du territoire et de ses ressources, ESNET s’appuie sur leur connaissance du terrain, en commençant par la formulation des principaux enjeux liant demande en services écosystémiques et actions de gestion. Ces enjeux s’organisent autour de la conciliation entre fonctionnement écologique et usages et partages des espaces et des ressources. La complexité et la multifonctionnalité des espaces imposent de mettre la question de la gouvernance au centre des réflexions pour une telle gestion concertée et multi-acteurs à l’échelle du territoire.

Quatre scénarios en cohérence avec le SCoT et avec les scénarios Montagne 2040 proposés par la Région Rhône-Alpes ont été construits par une démarche de scénarisation impliquant les chercheurs du projet et les acteurs de différents secteurs d’activité socio-économique. Ces scénarios sont déclinés en termes de changements des différents types d’usage et de modes de gestion agricole et forestière pour alimenter la modélisation spatialement explicite des projections de changements de couverture des sols. Pour cela, le modèle DINAMICA a été retenu, avec une paramétrisation initiale à partir de l’analyse des dynamiques spatiales de 1998 à 2009. Ce modèle, d’une grande souplesse de paramétrisation et d’utilisation, permet de représenter fidèlement la dynamique récente de changement d’usage des sols et les inflexions futures majeures imposées dans les différents scénarios, comme par exemple la densification ou la poursuite du mitage par la croissance périurbaine. Les projections des usages et des modes de gestion permettront de modéliser les changements pour 11 services écosystémiques : 3 services d’approvisionnement, 2 services culturels et 6 services de régulation abiotique et biotique, ainsi que pour la diversité des vertébrés terrestres et la flore. L’originalité d’ESNET est de ne pas considérer ces services écosystémiques individuellement, mais d’analyser leur dynamique conjointe par une approche en réseau, qui identifie les liens fonctionnels entre services selon leurs mécanismes écologiques sous-jacents et leurs réponses aux forçages climatiques ou par la gestion. Cette approche permet d’attirer l’attention sur le fait que toute action ciblant un service écosystémique particulier a des effets collatéraux sur d’autres services écosystémiques, et permet aux acteurs de comprendre pourquoi. La connaissance des réseaux de services écosystémiques permettra d’identifier a priori et sur la base des projections de scénarios les effets collatéraux bénéfiques ou négatifs d’actions de gestion ou d’aménagement ciblant un type d’écosystème, des composantes de la biodiversité ou des paysages, ou un processus écosystémique particulier.

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